Tchetchénie 16 Octobre 2018

Vingt-six ans après la séparation de l’Ingouchie et de la Tchétchénie, l’instauration d’une frontière administrative légale par les dirigeants provoque la colère des Ingouches.

Depuis le 4 octobre, les Ingouches occupent le centre de leur capitale, Magas, pour obtenir un référendum sur le tracé de la frontière de leur république avec la Tchétchénie. Le 26 septembre, à la surprise générale, les dirigeants d’Ingouchie et de Tchétchénie, Iounous-Bek Evkourov et Ramzan Kadyrov, ont en effet signé un accord fixant la frontière entre les deux républiques caucasiennes voisines. Depuis la division, en 1992, de l’ancienne république soviétique de Tchétchéno-Ingouchie, la frontière administrative entre les deux entités de la Fédération de Russie n’avait toujours pas été définie, causant régulièrement des conflits.

Dès l’annonce de cette signature, des rassemblements spontanés ont eu lieu aux abords de la frontière, ce qui n’a pas empêché les parlements des deux républiques d’entériner l’accord. Cependant, le 4 octobre, la Cour constitutionnelle d’Ingouchie a déclaré que l’accord devait être confirmé par référendum, ce que le gouvernement conteste et refuse.

La terre, une question explosive

Les manifestations ont alors pris de l’ampleur et un caractère beaucoup plus organisé. Alors que les signataires de l’accord affirment que celui-ci est équitable, le comité d’organisation du mouvement de protestation ingouche conteste l’attribution à la Tchétchénie d’un morceau de territoire situé dans une réserve naturelle près de la rivière Fortanga.

“Nous avons trois revendications, clament les slogans et les bannières des manifestants : la terre, la terre et encore la terre !” On peut voir aussi sur les banderoles trois cartes du territoire ingouche de différentes tailles avec les mentions “Hier – aujourd’hui – demain ?”. En 1992, un vieux contentieux territorial avec la république voisine d’Ossétie du Nord a dégénéré en véritable guerre faisant 608 morts et des milliers de réfugiés. L’Ingouchie revendique toujours le district de Prigorodny transféré à l’Ossétie du Nord en 1944.

Quoi qu’il en soit, http://xn--des%20rpubliques%20caucasiennes-h0c/"> comme le rapporte l’envoyé spécial du quotidien Kommersant, les meetings à Magas, la capitale ingouche, sont passés depuis la fin septembre de 300 personnes à “plusieurs dizaines de milliers” aux moments les plus chauds, notamment lors de la prière musulmane du vendredi, et ce alors que la république compte 400 000 habitants. Les manifestants, hommes et femmes de tous âges, se sont organisés pour occuper, dans le calme pour l’instant, la place centrale de la ville nuit et jour.

Les autorités n’ont pas encore fait appel aux forces fédérales

Les citoyens et les forces de l’ordre locales se targuent de vaquer à leur tâche respective de manière “civilisée” et de pouvoir se passer de l’intervention des forces fédérales. Il n’est pas rare de voir un manifestant embrasser un membre des unités spéciales de ses connaissances la mitrailleuse à l’épaule, raconte Kommersant. Civils et policiers se tiennent dans les mêmes files d’attente pour recevoir leur portion de nourriture préparée sous des tentes.

“Il n’y a pas de détritus, les ordures sont ramassées, personne n’agresse personne. Quand quelqu’un est soûl, nous nous chargeons de l’évacuer. Où as-tu vu en Russie des rassemblements aussi propres ?” s’exclame un manifestant.

Cependant, le gouvernement n’a autorisé les rassemblements que jusqu’au 17 octobre. Le 16 octobre doit avoir lieu une rencontre entre le chef du comité d’organisation du mouvement de Magas, Moussa Malsagov, et le représentant plénipotentiaire du président russe pour le district fédéral du Caucase du Nord, Alexandre Matovnikov.

Laurence Habay (Courrier International)