Tchetchénie 16/04/2013

COMITE TCHETCHENIE DE LYON : de nouvelles informations chaque semaine

Caucase du Nord : il faut faire cesser l'impunité

Amnesty International communique :

Les disparitions forcées sont un phénomène marquant du conflit dans le Caucase du Nord depuis la première guerre de Tchétchénie (1994- 1996).

Cette situation s’étend maintenant à toutes les républiques du Caucase du Nord. Au début de la deuxième guerre (automne 1999), elles ont d’abord été le fait d’agents de l’État russe mais depuis la mise en place de pouvoirs soutenus par Moscou, les forces de sécurité locales sont de plus en plus impliquées.

Le climat général de peur qui pèse sur toute la région fait que les gens hésitent de plus en plus à se manifester. De nombreuses familles préfèrent passer par des canaux non officiels pour tenter d’obtenir la libération de leurs proches. Seule une partie des disparitions forcées et des enlèvements est par conséquent signalée.

Ibrahim Gazdiev, diplômé d’économie, travaillait comme gérant d’un magasin de matériaux de construction. Arrêté le 8 août 2007 à 00 h 54 dans la ville de Karaboulak par des Russes en tenue de camouflage, il a été emmené de force par ces hommes qui pourraient être des agents du Service fédéral de sécurité (FSB) Depuis lors, personne n’a plus eu aucune nouvelle de lui, et aucune enquête effective n’a été menée.

Amnesty International pense que le Service fédéral de sécurité (FSB) pourrait être impliqué dans cet enlèvement : des hommes du FSB sont en effet venus fouiller sa maison en avril 2007, quelques mois avant sa disparition. Ils cherchaient des preuves sur ses éventuels liens avec des rebelles tchétchènes mais n’ont rien trouvé.

Le jour de sa disparition, son père s’est présenté au bureau du procureur d’Ingouchie pour faire part de la disparition de son fils. Le Parquet a alors ouvert une information judiciaire et l’ancien président d’Ingouchie, Mourat Ziazikov, aurait ordonné aux autorités administratives d’élucider cette affaire le plus rapidement possible. Mais, selon son père, aucune recherche effective n’a été entreprise. Depuis lors, personne n’a plus eu aucune nouvelle d’Ibrahim Gazdiev. Selon une source non officielle, il aurait été détenu au secret en Ingouchie ou dans une république voisine du Caucase du Nord. Les autorités affirment cependant qu’Ibrahim Gazdiev n’a pas été maintenu en détention.

Le 7 novembre 2009, l’enquête a été suspendue au motif qu’aucun suspect n’avait pu être identifié. Son père a fait appel devant la Cour suprême d’Ingouchie car il estimait que des éléments évidents avaient été volontairement ignorés par les enquêteurs et que de nombreux témoins clés n’avaient pas été entendus, notamment les militaires en poste aux check-points ce jour là, ainsi que Mourat Ziazikov qui pourrait détenir des informations cruciales.

Après des enquêtes suspendues puis reprises à l’instigation du père en novembre 2010, une cour de district a décidé que l’arrêt de l’enquête faute de pouvoir identifier des suspects potentiels était légal. Cette décision a été rendue définitive par un arrêt de la Cour Suprême de janvier 2011.

En juillet 2011, Mukmed Gazdiev a déposé un recours devant la Cour européenne des Droits de l’Homme. La plainte a été déclarée recevable. Cela prendra quelques années avant que le cas ne soit examiné.