Tchetchénie 07/05/2013

COMITE TCHETCHENIE DE LYON : de nouvelles informations chaque semaine

 

L’article qui suit nous présente un Islam sur mesure : un Islam différent qui se voudrait plus authentique et qui a été promu au moment de l’arrivée de Kadyrov au pouvoir, comme un marqueur entre la société russe et l’idéologie wahhabite. Où l’on voit qu’une république russe régit la pratique religieuse et se sert des femmes pour asseoir son pouvoir.

 

Un voile sur la Tchétchénie 

(Article de Marie Jégo dans le Monde du 26.04.2013)

 

Certaines le portent et d'autres pas, c'est selon, mais, pour éviter les ennuis, la plupart des femmes mettent le foulard en Tchétchénie. Depuis 2010, Ramzan Kadyrov, l'homme lige du Kremlin dans la République musulmane de la Fédération de Russie, a imposé aux femmes de se couvrir la tête. Dès le primaire, les petites écolières doivent être couvertes, tandis que les jeunes filles et les femmes mariées sont fortement incitées à l'être aussi quand elles se promènent dans la rue, vont au cinéma ou entrent dans les bâtiments officiels de l'administration tchétchène.

Pas besoin de légiférer, la parole du numéro un tchétchène a suffi, relayée par une campagne d'intimidation. De juin à septembre 2010, plusieurs jeunes femmes qui se promenaient dans les rues de Grozny tête nue ont été attaquées au pistolet à peinture. Le plus souvent, les attaquants étaient des membres des forces de sécurité de Ramzan Kadyrov. Celui-ci s'est exprimé sur cette question lors d'une interview télévisée en juillet 2010, expliquant que les femmes visées "méritaient" d'être traitées ainsi et qu'il aurait fallu "remettre un prix" à leurs agresseurs. L'avertissement a été entendu. Rares sont désormais celles qui se risquent à sortir sans un morceau de tissu sur la tête. A l'exception de ces fillettes que l'on aperçoit sur l'une des photographies avec de gros nœuds de tulle blanc dans les cheveux, des écolières russes non concernées par la mesure.

A l'époque soviétique, quand la pratique religieuse était réprimée, les femmes mariées avaient coutume de porter un petit foulard discret. Avec le démembrement de l'URSS en 1991, les moeurs s'étaient relâchées et, au final, chacune faisait à sa guise. Récemment, des ateliers de "mode islamique" ont fleuri à Grozny, où le hidjab fait tourner quelques têtes. Des revues de mode donnent la "tendance" : longue robe évasée à la taille ou moulante, mais c'est plus risqué. Le cou, les bras et les jambes doivent impérativement être couverts, les escarpins sont forcément vertigineux, le foulard se porte serré et agrémenté de strass, de perles ou de dentelle. En tête, Medni, la première dame tchétchène, présente désormais les collections de sa maison Firdaws aux Emirats arabes unis.

Musulmane, fortement attachée à ses valeurs traditionnelles, la Tchétchénie a perdu une bonne partie de sa population entre 70 000 et 100 000 personnes pour une population estimée en 1989 à 1,2 million au moment des deux guerres (1994-1996 et 1999-2004) qui ont opposé l'armée russe aux rebelles indépendantistes. Quand la paix est revenue, la pratique religieuse s'est renforcée.

Face à la persistance d'une insurrection islamiste dans toute la région, les dirigeants ont encouragé un renouveau islamique qu'ils contrôlent. Grozny possède désormais sa grande mosquée, son université islamique, son institut de médecine traditionnelle où des exorcistes font sortir les "mauvais esprits" des corps en récitant des versets du Coran. Point trop n'en faut. "Avoir recours à des sorciers et des charlatans n'apportera pas la sérénité, et c'est interdit par l'islam", a expliqué Ramzan Kadyrov le 11 février.