Tchetchénie 12 Septembre 2018

Le communiqué d’Amnesty que nous vous transmettons évoque le sort d’un réfugié tchétchène dans l’Union Européenne qui a été expulsé en Russie sur la base de soupçons policiers sans jugement. Comme cet exemple, hélas, reflète une pratique qui se répand nous tenons à souligner que d’une part un jugement devrait être nécessaire au-delà du soupçon ce qui permet une défense et que d’autre part la Russie n’est pas un pays sûr en ce qui concerne les garanties juridiques : en Tchétchénie en particulier des enlèvements illégaux continuent avec emprisonnement et torture. Il est grave de renvoyer quelqu’un qui est venu chercher refuge dans nos pays vers le lieu où il a tout à craindre.

Russie: un réfugié tchétchène a été enlevé après avoir été expulsé illégalement de Pologne

(Communiqué d’Amnesty International le 3 septembre 2018)

Amnesty International appelle les autorités russes à révéler immédiatement où se trouve Azamat Bayduev, un réfugié tchétchène qui a été expulsé de Pologne vers la Russie le 31 août et a été enlevé le lendemain.

Selon des témoins oculaires, le 1er septembre vers minuit, plusieurs dizaines d’hommes armés portant des insignes du Service fédéral de sécurité et du ministère de l’Intérieur se sont rendus au domicile d’Azamat Bayduev dans le village tchétchène de Shalazhi. Sa famille s'est vu refuser des informations sur son sort et sur l'endroit où il se trouvait.

 « On pourra difficilement trouver une meilleure illustration du danger à renvoyer les réfugiés tchétchènes en Russie. Dans les heures qui ont suivi son arrivée en Tchétchénie, Azamat Bayduev a été emmené de chez lui par des hommes armés et se trouve maintenant dans un lieu inconnu. Nous appelons les autorités russes à révéler immédiatement son sort et le lieu où il se trouve et à faire respecter ses droits fondamentaux », a déclaré Denis Krivosheev, directeur régional par intérim d'Amnesty International pour l'Europe de l'Est et l'Asie centrale.

«En renvoyant Azamat Bayduev dans un pays où sa vie et sa sécurité sont menacées, le gouvernement polonais a clairement violé ses obligations internationales. Cet incident effrayant fait partie d'un ensemble de violations des droits de l'homme épouvantables en Tchétchénie » - il y a quelques jours, 15 pays ont demandé une enquête sur les persécutions systématiques, la torture, les disparitions forcées et les exécutions extrajudiciaires.

« Nous appelons les autorités russes à libérer immédiatement Azamat Bayduev, à moins qu'il ne soit raisonnablement soupçonné d'un crime reconnaissable, et à lui permettre de retrouver sa famille. »

Le 30 août, 15 membres de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont adopté le mécanisme de Vienne, cherchant la vérité sur les graves violations des droits de l’homme en Tchétchénie et exigeant des enquêtes efficaces. La délégation de l’OSCE a énuméré «les actes inquiétants des autorités tchétchènes contre des personnes fondées sur leur orientation sexuelle ou leur identité sexuelle perçue ou réelle, ainsi que des défenseurs des droits de l’homme, des avocats, des médias indépendants, des organisations de la société civile et autres.

Contexte

Selon les médias, Azamat Bayduev a obtenu l’asile en Pologne en 2007 mais a ensuite déménagé en Belgique parce qu’il ne considérait plus la Pologne comme sûre. En 2017, les autorités belges ont détenu Bayduev en raison de son implication présumée dans la planification d'activités terroristes. Cependant, il n'a été accusé d'aucun crime et a été expulsé en Pologne. Quelques mois plus tard, le 9 avril 2018, les autorités polonaises ont placé Azamat Bayduev dans un centre de déportation pour migrants en situation irrégulière et l'ont expulsé en Russie le 31 août. Le même jour, il a pris un avion de Moscou à Grozny, la capitale tchétchène, avant de se rendre chez sa famille dans le village de Shalazhi.