Les rats et les Roms

Réponse (09/09/2013) de la fédération du Rhône de la LDH au journal Le Progrès

 

Madame,

 

La lecture de votre article dans le Progrès daté du 6 septembre 2013 nous a profondément choqués.

Ce fut d’abord le titre : « Après le départ des Roms, les rats envahissent le quartier » et puis quelques lignes plus loin « Après avoir subi pendant un an les nuisances insupportables d’un bidonville occupé par des centaines de Roms, les habitants du quartier Tase de Vaulx-en-Velin doivent maintenant affronter le fléau des rats. »

Roms et rats, deux mots courts, des noms collectifs réunis ici comme causes communes à de grandes menaces hypothétiques pesant sur le quartier.

Associer ces deux informations dans un même titre revient à rendre responsables les Roms des pires calamités qui peuvent s’abattre sur les communautés humaines. Les rats noirs transmettent la peste, et si en Europe la peste est aujourd’hui inexistante, la peur qu’elle suscite est elle encore bien présente. De quelles maladies contagieuses les Roms sont-ils porteurs ? Suivis par des équipes médicales (Médecins du Monde, PMI, CDHS, services des hôpitaux, … ) les Roms comme toutes les populations du département sont à l’abri de nombreuses maladies.

Mais si la recherche d’une meilleure vie est une maladie transmissible par l’homme, la fuite devant les persécutions une tare, alors la planète est victime d’une pandémie et ce pas la médecine qui l’éradiquera.

Alors qu’à la fin de votre article, d’autres éléments d’explication sur cette présence importante de rongeurs sont présentés, le corps de votre article met en scène la Grande Peur de l’an 2013 à Vaulx-en-Velin, en reprenant, sans aucun recul, des déclarations faites par des riverains. Ce qui en ressort, c’est l’impression qu’un cataclysme a frappé ce quartier et que les responsables, rats et Roms, sont désignés.

Et pourtant, les rats à Vaulx, comme à Lyon, ce n’est pas nouveau. En 2010, avec le chantier du grand collecteur, de nombreux rats dérangés dans leurs habitudes se promenaient dans le Village. On voit quelquefois des rats circuler tranquillement dans les caniveaux du côté de la gare des Brotteaux.

Comme le disaient des riverains rassemblés sur le trottoir le mardi avant l’évacuation du 23 septembre, laisser plusieurs centaines de personnes vivre dans de telles conditions ne peut conduire qu’à un tel état des lieux (pas de recueil et d’enlèvement des ordures adapté, non existence d’un point d’eau, absence électricité, regroupement de trop de familles en un même lieu…). Cette situation indigne dans laquelle on maintient les familles Roms ne doit pas nous faire oublier que les Roumains et les Bulgares sont des citoyens européens à qui le droit au travail ne sera reconnu qu’en 2014 mais qui, comme tout citoyen de l’UE, peuvent voter aux élections municipales !