Une autre Union européenne ? Et si on commençait par voter le 25 mai 2014 ?

Le 25 mai 2014, des élections sont organisées dans chacun des vingt-huit Etats membres de l’Union européenne (UE) pour élire les député-e-s qui siégeront au prochain Parlement européen. Peut-être considérez-vous que cela n’a guère d’importance. Peut-être même avez-vous déjà envisagé de ne pas voter, ou de vous saisir de ce vote aux enjeux lointains pour simplement faire entendre un cri de colère. Ce rendez-vous est pourtant à prendre très au sérieux. Il peut nous permettre de changer notre avenir commun. Prenons donc le temps d’y réfléchir.

Tout d’abord, comment ça marche ? Le Parlement européen a entre autre le pouvoir d’approuver, de modifier ou de rejeter des propositions de lois européennes (directives), de décider du budget européen et, à partir de ces élections, et à partir de ces élections, de proposer aux chefs d’État et de gouvernement, le-la président-e de la Commission européenne, ainsi que d'approuver l'ensemble de la liste des commissaires qui la composent

Ces dernières années, l'action de parlementaires européens a permis de faire discuter, et d'adopter des mesures positives et des revendications pour les droits présentées par la société civile et ses organisations, associations et syndicats, comme le maintien de l'aide aux plus démunis. Mais alors, pourquoi cette méfiance, voire ce rejet de l’idée européenne ? Depuis plusieurs années la conception majoritaire de la construction européenne qui s’exprime, notamment au sein de la Commission européenne et plus encore au Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement, est entièrement guidée par le primat de l’austérité économique et financière et par la mise en concurrence de tous contre tous. Cette vision qui a prévalu lors des crises grecque, espagnole, portugaise a causé de véritables catastrophes sociales et démocratiques dans des pays placés sous contrôle, et dont les citoyens et les citoyennes sont étranglé-e-s et humilié-e-s.

Dans ces conditions, que faire ? Comme toujours face à des conflits d’intérêts d’une telle ampleur, il importe de faire vivre la démocratie. L’Europe est malade de son déficit démocratique. Il faut donner plus de poids au Parlement, aux parlementaires, et faire en sorte que l’aspiration aux droits, au bien-être, à l’égalité ait plus d’écho et soit respectée. Pour cela, il faut élire au Parlement des député-e-s attaché-e-s à réduire les inégalités et à mettre les droits pour tous et partout au cœur du projet européen. Pourquoi faut-il aller voter ? Pour que l’Union européenne avance dans la bonne direction, celle de la citoyenneté partagée et du progrès social. Pour donner de la légitimité et les moyens à celles et ceux qui veulent une Europe fraternelle et accueillante.

Car on assiste par ailleurs, dans nombre d'Etats membres, à la montée inquiétante de nationalismes réactionnaires, porteurs de racisme, de propositions violentes vis-à-vis des étrangers, d’exclusion de groupes tels les Roms, de privation des droits sociaux, de mesures liberticides comme celles que pratique le FN en France dès qu'il accède au pouvoir, ne serait-ce que municipal. Ce vote est l’une des occasions pour montrer à tous les les fabricants de haine, quels qu'ils soient, qu'ils n'ont pas le chemin libre et qu'une autre Europe est possible.

On le voit : ces élections de mai 2014 nous concernent tous et toutes au plus haut degré.

C’est pourquoi La Ligue des droits de l'Homme, avec l'Association européenne pour la défense des droits de l’Homme (AEDH), vous appellent à utiliser votre bulletin de vote, pour défendre les droits et les libertés, et pour promouvoir une Europe qui met en œuvre des politiques publiques solidaires en son sein et dans le monde.

 

Pour une Europe des droits de l’Homme

 

Nous avons quatre atouts pour changer la donne !

 

Depuis plusieurs années la priorité a été donnée, par le Conseil européen, à la consolidation de l'Union économique et monétaire, alors même que les critiques et les faits montraient que cette politique n'est pas capable seule de réaliser la cohésion de la zone. Cela s'est fait au détriment de la dimension sociale de l’Europe, et cela a augmenté la concurrence entre les Etats membres et entre les peuples. Or, la dimension économique et budgétaire et la dimension sociale sont complémentaires et devraient être articulées plus équitablement. En effet, répondre aux craintes d’exclusion sociale des citoyens, contrebalancer le risque de paupérisation et de marginalisation qui croît et assurer leur sécurité à travers la cohésion sociale exige que l’Union européenne renforce la dimension sociale de ses politiques. C’était d’ailleurs l’un des objectifs fondateurs de la construction européenne à son origine.

Mettre fin à la course au « tout marché »

L’Europe doit passer d’un modèle cherchant à englober toute l’activité humaine dans une logique de concurrence par le marché à un modèle capable de répondre aux aspirations citoyennes de solidarité, de respect mutuel et de justice sociale. Un tel modèle devrait reposer sur une définition du bien-être, penser l’économie au service des citoyens et de l’environnement, et pas l’inverse. A l’opposé de la recherche d’une croissance quantitative, c’est une économie permettant des conditions de vie décentes pour tous, l’accès à la santé, à l’éducation et au bien-être qu’il nous faut.

Arrêter de traiter les politiques de cohésion à la baisse

Renforcer l’accès universel à l’emploi, à un revenu décent, à la santé, à l’éducation, au logement, à l’environnement, aux sécurités sociales, à des politiques communes pour faire face à la crise de l’endettement implique une redistribution des richesses existantes au travers de politiques budgétaires, tant du côté des ressources que des dépenses, rouvrant la perspective d’un destin commun des peuples au sein de l’Union. Pour sa partie européenne, il parait nécessaire de pouvoir s’appuyer sur un retour à des ressources propres plus élevés et au niveau communautaire à un renforcement significatif des transferts financiers des pays/territoires riches vers les entités pauvres. L’inverse du mouvement des dix dernières années.

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