120 participants à la conférence-débat : migrants, réfugiés - droits et réalités

6JanvTribune750

La Fédération du Rhône de la Ligue des droits de l’Homme organisait le mercredi 6 janvier 2016, à 18 h00, à l’Espace citoyen, mairie du 8ème, une conférence-débat intitulée « Migrant.e.s, Demandeurs d’asile, Réfugié.e.s, Sans-papiers, en Auvergne-Rhône-Alpes, France et Europe : Droits et réalités » avec deux intervenants Pierre TARTAKOWSY, Président d’honneur de la Ligue des Droits de l’Homme et Yves GRELLIER, Président régional de la CIMADE. Patrick CANIN, Président de la Fédération du Rhône de la LDH était le modérateur. Plus de 120 personnes étaient venues écouter les intervenants et ont activement participé au débat par des questions ou des témoignages.

Pierre TARTAKOWSY a fait part de 9 constats :

- 1 - La France n’a jamais autant parlé de la place des étrangers.

- 2 - Mais paradoxalement, les débats publics dignes de ce nom sont absents ou rares. D’où une vision tronquée de la réalité. L’étranger est accusé de tous les maux, stigmatisé et rejeté dans les discours d’extrême droite et de droite extrême.

- 3 - Le débat que l’on constate porte essentiellement sur la part (petite) de ce que l’on peut accepter. Le paradigme est la misère du monde, vision régressive du phénomène migratoire.

- 4 - La Nation qui commence à flirter avec la xénophobie (« eux » et « nous ») se trouve renforcée par des discours publics fondés et entretenus sur la peur de l’autre.

- 5 - La peur de l’étranger est structurée par la crise sociale mais aussi par les politiques publiques en échec (chômage, justice, santé) et par la construction de ghettos. La laïcité est redevenue conflictuelle, instrumentalisée comme outil d’exclusion et de rappel à l’ordre.

- 6 - Le discours de Sarkozy à Grenoble a cristallisé une politique d’exclusion, de criminalisation des personnes sans-papiers. Elle a conduit au délit de solidarité, à la proposition de déchéance de la nationalité des binationaux auteurs de meurtres de policiers ou de gendarmes.

- 7 - Plus on parle d’étrangers, plus on mélange les personnes : Roms, gens du voyage, musulmans, djihadistes…

- 8 - Une dynamique sécuritaire est constatée. Les étrangers sont soumis au bon vouloir des préfectures. L’administration ne respecte même pas toujours les propres règles qu’elle édicte. Des expulsions massives sont décidées au mépris des textes internationaux et européens de protection des migrants. L’escalade dans la déshumanisation se constate par exemple avec les tests osseux.

- 9 - Le sécuritaire n’a rien réglé ni en terme de flux migratoire ni en terme de gestion macro-économique.

En conclusion, Pierre TARTAKOWSY appelle à rompre avec les politiques de criminalisation des Sans-papiers, à admettre que les étrangers doivent être traités à partir du droit et des droits, à fluidifier les flux au lieu de les bloquer, les migrations faisant partie de la vie de l’humanité et à prendre la mesure des catastrophes humaines en cours.

Yves GRELLIER fait ensuite un exposé rappelant les missions de la CIMADE, l’histoire des migrations en Auvergne-Rhône-Alpes et présente les notions de vocabulaire concernant les différentes catégories de personnes, distinguant ce qui relève du vocabulaire administratif et ce qui provient des catégories de la sociologie. Il fait part des problèmes rencontrés par les étrangers en région avec les rendez-vous en préfecture qui remplacent les files d’attente sur place mais qui sont souvent hors délai plaçant ainsi de facto les étrangers en situation irrégulière. Il relève également que le droit au logement, droit fondamental selon les textes, ne bénéficient pas, en fait, aux étrangers.

Deux ouvrages à consulter, en complément de la conférence-débat :

- Catherine Wihtol de Wenden : « La question, migratoire au XXIème siècle. Migrants, réfugiés et relations internationales », édition les Presses de SciencesPo, 2ème édition, 2015.

- Michel Foucher : « L’obsession des frontières », Coll. Tempus, Perrin, 2012.