Rassemblement contre les tests osseux

Ce samedi 13 juin 2015, une centaine de personnes se sont rassemblées devant l'hôpital Edouard Herriot  pour dénoncer la pratique des tests d'âge osseux qui envoient depuis plusieurs années des dizaines de jeunes migrants en prison ou à la rue. Parmi elles, de nombreux mineurs ou anciens mineurs isolés qui ont témoigné de l'humiliation que représentent  le fait d'être sans arrêt soupçonnés de mentir ainsi que ces examens médicaux forcés eux-mêmes, pendant lesquels ils se sentent traités comme des animaux. Ils ont revendiqué leurs droits à être traités à égalité avec les autres jeunes comme des êtres humains qui ont de la valeur. Ils ont remercié les "courageux Français" qui les soutiennent et leur permettent de comprendre que ce ne sont pas tous les Français ou tous les Blancs qui sont leurs ennemis, mais bien la politique de l'Etat français qui les attaque.

Témoignage d'un mineur isolé étranger

Moi, je fais partie des jeunes qui ont subi les tests osseux sans ma volonté.

Je ne vous parle pas pour moi seulement, mais pour tous les autres comme moi.

Je suis venu à l’hôpital accompagné de 2 policiers sans savoir ce qui allait se passer.

Après l’analyse du poignet, je me souviens de la machine, comme un cercueil avec un trou dedans, dans laquelle ils m’ont fait rentrer. Au bout de 2 minutes, ils m’ont dit que tout était marqué, mon âge et tout.

Pendant l’examen, les policiers et les médecins étaient ensemble à 3 ou 4 mètres en train de discuter comme dans un complot.

L’humiliation, c’est quand on arrive à l’Institut –Médico- Légal. Là, tu es dans une chambre et les policiers vont voir le médecin dans son bureau pendant une dizaine de minutes. Ils t’appellent et le médecin t’interroge comme si lui-même était un policier sur pourquoi et comment tu es venu en France.

Après, il te demande de te déshabiller pour examiner ton corps. Il te touche comme quand tu vas acheter un mouton au marché. Il te demande d’ouvrir la bouche pour compter tes dents. Il regarde tes poils. Et pendant ce temps là, les policiers sont toujours là.

Puis les policiers te menottent pour te mettre dans une autre chambre comme si tu avais fait un crime et ils retournent voir le médecin pendant encore 10 minutes…

Encore des questions du médecin

Les résultats sont transmis directement à la PAF par ordinateur et toi tu ne les vois pas.

A la PAF, le policier te dit le résultat sans te montrer le papier. La radio dit que tu as âge mini ça, âge maxi ça. Et on te met en garde à vue. Et les interrogatoires continuent. 3 jours de va-et-vient entre leurs bureaux où ils t’interrogent avec 3 ou 4 policiers autour. Ils veulent tous des réponses en même temps à des questions différentes.

Au fond, tout ça n’a rien à voir avec l’âge ou l’identité. Tout ce que tu comprends, c’est :

-         Pourquoi tu es venu ici ?

-         Pourquoi tu n’es pas resté chez toi ?

-         On ne t’aime pas ici

-         Y a pas de place pour toi ici

Je croyais que la France était un pays de droits, de paix et de sécurité. Je croyais avoir une vie meilleure ici.

Et je me suis retrouvé humilié par l’Etat français !

Tout ça ne m’a pas empêché de me battre pour préparer mon avenir. Et je continuerai à me battre pour obtenir mes droits ici avec tous ceux qui sont maltraités et sans droits !

RESF Lyon, Collectif Jeunes Majeurs