« Ecrits pour la fraternité » 2014-2015 Je suis, tu es, nous serons…

C’est peu dire que la formulation du thème du concours 2014-2015 a suscité de multiples tergiversations. Au départ, « Que serais-je sans toi ? » avait été retenu. Mais certaines voix ont trouvé que la citation de Louis Aragon donnait au sujet un tour un peu trop… amoureux ! Exit, donc… Un peu plus tard, « Je suis parce que tu es » sembla recueillir l’assentiment général mais le manque de référence au « nous » et à toute forme de construction collective posa problème. Exit, encore… Finalement, l’accord s’est fait sur « Je suis, tu es, nous serons ».

En faisant le choix d’une telle formulation souhaitons-nous insidieusement vérifier que la conjugaison de l’auxiliaire être est maîtrisée par toutes et tous ? Evidemment non, et aujourd’hui comme hier, ce concours ne saurait participer d’une quelconque vérification de compétences. Heureusement d’ailleurs.

Ce sur quoi nous souhaitons amener les jeunes à réfléchir, à écrire, à créer, pourrait se résumer en trois mots : identités, altérité et complémentarité. D’une certaine façon, ce sont bien ces trois termes qui ont accompagné notre cheminement jusqu’au choix final.

« Identités », parce que je suis à la fois un enfant, un habitant de telle ou telle ville, avec telle ou telle origine géographique… et puisque j’existe avec toutes ces caractéristiques, je souhaite que toutes soient reconnues et respectées.

« Altérité », parce que je sais que tu es, à bien des égards, différent de moi. Tu as une histoire et un parcours différents, une autre couleur de peau, une orientation sexuelle différente… Mais tout cela ne t’empêche pas de me ressembler, d’être mon égal et mon alter ego.

« Complémentarité », parce qu’à partir de ce que je suis et de ce que tu es, nous pouvons grandir et construire ensemble. Sans cette reconnaissance mutuelle, nous ne serions que des êtres amputés, repliés sur nous-mêmes, fermés à toute évolution, à toute construction collective.

Cette invitation à penser l’altérité et la complémentarité, par-delà les différences, ne va pas de soi dans notre société. On l’a vu récemment avec le scandale qu’a provoqué la volonté pourtant modeste de parler de genre à l’école. Elle heurte tous ceux que titillent plus ou moins ouvertement le racisme, l’intolérance et le rejet de l’autre.

C’est pourtant l’invitation que nous vous lançons pour le prochain concours et nous sommes certains que, cette année encore, la qualité des productions sera au rendez-vous. Bon courage à toutes et tous !

Françoise Dumont Membre du Comité central de la LDH, présidente du jury